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Suivi GPS du tétras-lyre en milieu alpin

Tétras lyre mâle dans la neige
Parade du mâle Tétras-lyre avec balise GPS sur le dos | Thierry Faivre - PNV

Le Parc national de la Vanoise effectue un suivi du tétras-lyre, grâce à des données GPS permettant d'étudier son écologie comportementale, sa mortalité et les perspectives de conservation de l'espèce.

Le tétras-lyre, une espèce en déclin

Le tétras-lyre est une espèce emblématique des espaces alpins. Son déclin, marqué depuis quelques décennies, résulte d'une combinaison de pressions environnementales et anthropiques.

L'avènement de la société des loisirs a entraîné une fréquentation humaine accrue tout au long de l'année, métamorphosant des milieux autrefois préservés en paysages fragmentés par les infrastructures de transport et les domaines skiables. Cette fragmentation réduit et isole les habitats favorables, limitant les capacités de déplacement de l'espèce.

À cette dynamique s'ajoutent les effets du réchauffement climatique, qui perturbent la phénologie de la végétation alpine, réduisent l'enneigement hivernal, indispensable à l'oiseau pour s'abriter (igloos de neige) et modifient la structure de son habitat. De plus, les modifications de ces écosystèmes et des hivers plus doux favorisent une présence et une activité accrues des petits prédateurs, comme le renard roux, accentuant la pression de prédation sur les adultes et les nichées.

Sensible au dérangement humain qu'il perçoit comme un risque de prédation, cet oiseau sédentaire subit de fortes contraintes énergétiques en hiver qui l'obligent à adopter des stratégies d'évitement coûteuses pour sa survie.

La phénologie est l'étude de l'apparition d'événements périodiques (annuels le plus souvent) dans le monde vivant, déterminée par les variations saisonnières du climat.

Une thèse pour mieux comprendre et mieux protéger

Face au manque d'études quantitatives sur le sujet, un projet de doctorat a été porté conjointement par l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’INRAE, en partenariat avec le Parc national de la Vanoise et le domaine skiable des Trois Vallées.

Cette thèse répond à un double objectif :

  • Une analyse comportementale du tétras-lyre face au dérangement anthropique
  • Une analyse démographique de la mortalité par percussion avec les câbles de remontées mécaniques

Pour ce faire, l’étude valorise l'ensemble des données collectées entre 2017 et 2022 sur des tétras-lyres équipés de balises GPS. Le cœur du dispositif s'appuie sur le site de référence « biodiversité et activités récréatives » des Trois Vallées, complété par les domaines skiables des Arcs et de Val-Cenis (Forêt Blanche), ainsi que par des sites témoins hors stations dans le massif des Écrins.

Méthode et technologies de pointe

Le caractère innovant de cette recherche réside dans l'utilisation de balises GPS miniaturisées (indispensable pour ne pas impacter les déplacements des oiseaux en l’occurrence le vol). Cette technologie de géolocalisation permet d’aborder à distance tous les aspects de l’écologie comportementale, et notamment le dérangement en milieu terrestre, un domaine encore très peu documenté chez les galliformes par rapport aux études physiologiques classiques.

Cet équipement implique la capture préalable des oiseaux, réalisée le plus souvent à l’aide de filets sur les places de chant au printemps. Au total, 175 tétras-lyres ont été mobilisés pour l'analyse finale de survie. La répartition exacte des oiseaux retenus dans l'échantillon est la suivante : 127 pour les Trois Vallées, 29 pour les Arcs, et 19 pour Val-Cenis (Forêt Blanche).

Ce protocole délicat de capture et de pose de matériel n’est possible que grâce à l’expertise de terrain des agents du Parc national de la Vanoise, dont le savoir-faire garantit le respect du bien-être animal tout en permettant aux scientifiques d’acquérir des données de haute qualité.

Des agents du Parc relâchent un tétras-lyre après l'avoir équipé d'une balise GPS
Des agents du Parc relâchent un tétras lyre après l'avoir équipé d'une balise GPS | Céline Rutten - PNV
  • 175 tétras-lyres

    mobilisés (127 pour les Trois Vallées, 29 pour les Arcs, et 19 pour Val-Cenis)

Des zones de quiétude proches des places de chant

En premier lieu, l’étude démontre que le tétras-lyre occupe le domaine skiable tout au long de l'année, et plus particulièrement en hiver pendant le pic de fréquentation touristique.

Pour protéger les oiseaux du dérangement, il apparaît impératif de maintenir ou de mettre en place de multiples zones de quiétude (refuges) à proximité immédiate des places de chant. Ces espaces s'avèrent potentiellement les plus efficaces car ils correspondent aux secteurs clés utilisés par les oiseaux pour s'alimenter et se reposer durant cette période hivernale physiologiquement difficile.

Du fait de leur création récente, l’effet des refuges mis en place n’a pas encore pu être pleinement évalué sur le plan comportemental. Cependant, la stratégie d’implantation choisie est validée par les données de suivi GPS. Tout l’enjeu réside désormais dans la signalisation claire de ces zones sur le terrain, leur entretien et leur respect par les usagers sur le long terme.

Mise en place d'une zone de quiétude du tétras-lyre à Val-d'Isère
Mise en place d'une zone de quiétude du tétras-lyre à Val-d'Isère | Paul Boudin - PNV

Analyse de la mortalité du tétras-lyre

Un apport majeur des balises GPS réside dans leur capacité à signaler en temps réel le statut (mort ou vivant) de l’animal grâce à des capteurs de mortalité intégrés. Cette réactivité permet aux équipes de collecter rapidement le cadavre avant l'altération des indices par les charognards. En cas de prédation secondaire (prédation après mort de l’animal par percussion), la haute fréquence des localisations enregistrées juste avant le signal permet de reconstituer précisément le scénario de la mort.

Sur les 175 tétras-lyres suivis, l'analyse finale met en évidence trois trajectoires :

  • 51 cas de fin de suivi liés à des défaillances techniques (panne de batterie, casse d'antenne ou de panneau solaire, perte accidentelle du harnais).
  • 39 cas d'individus dits « censurés », c'est-à-dire d'oiseaux toujours vivants et suivis à la date de clôture de l'analyse (15 septembre 2023).
  • 85 cas de mortalité réelle avérée.

L'examen de ces 85 décès révèle la répartition suivante :

  • 45 cas de prédation naturelle (facteur de mortalité immédiat le plus fréquent).
  • 17 cas de percussion directe dans les infrastructures (câbles).
  • 16 cas liés à la chasse.

Les cas restants correspondent à des causes indéterminées ou à des accidents naturels.

Sur le plan démographique, l'analyse statistique des taux de mortalité révèle que l'impact cumulé des causes anthropiques (percussions et chasse, estimé à 21 % de taux de mortalité) est du même ordre de grandeur que la mortalité naturelle par prédation (estimée à 24 %). Cette forte contribution des activités humaines à la mortalité des adultes constitue la conclusion majeure du rapport.

Toutes les espèces de galliformes de montagne sont touchées par les collisions, mais le tétras-lyre est le plus fréquemment impacté, représentant près de 69 % des oiseaux signalés lors des suivis de lignes. La comparaison entre les trois domaines skiables suggère toutefois que le risque de percussion varie fortement d'un site à l'autre, la densité locale des infrastructures (remontées mécaniques, lignes électriques) agissant comme le principal facteur aggravant.

Perspectives

Le programme ITTECOP et le projet VADE RETRO

Afin de traduire ces recherches en mesures de gestion concrètes, le Parc national de la Vanoise s'est associé au projet VADE RETRO du programme national de recherche ITTECOP (Infrastructures, Territoires, Transports, Énergies, Écosystèmes et Paysages), porté par le ministère de la Transition écologique. Ce programme fait le pont entre la recherche fondamentale en écologie et l'aide à la décision publique et industrielle.

C’est dans ce cadre qu'est développé un réseau collaboratif pluri-acteurs associant chercheurs, gestionnaires d'espaces protégés, bureaux d'études et gestionnaires de réseaux de transport d'électricité (RTE et Enedis). En centralisant les compétences, ce réseau permet de mutualiser les bases de données de suivi GPS et d'harmoniser les protocoles de suivi.

Sous l'élan d'ITTECOP, cette dynamique dépasse désormais le cadre strict des lignes électriques pour s’élargir aux infrastructures des domaines skiables. Le projet adapte sa méthodologie aux câbles de remontées mécaniques et aux dispositifs de déclenchement d'avalanches (CATEX) sur le site des Trois Vallées.

Rappelons que le Parc national de la Vanoise œuvre depuis plus de 20 ans pour l’équipement des câbles et l’amélioration des dispositifs de visualisation.

À terme, cette synergie permettra de transformer les résultats scientifiques en outils opérationnels. La connaissance précise des trajectoires des oiseaux face à la géométrie des câbles aidera à optimiser l'emplacement et le choix des dispositifs de visualisation (flotteurs, spirales), améliorant ainsi l'application concrète de la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC) face aux enjeux de conservation de la faune alpine.