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Les prairies de fauche

Prairie de fauche fleurie
Prairie de fauche fleurie | Joris Bouchard - PNV

Situées aux étages montagnard et subalpin, dans les fonds de vallées, au sein des montagnettes (alpages d’intersaison) ou en alpage, sur sol plutôt épais, ces prairies ne sont pas des formations naturelles. Comme les autres milieux ouverts de Vanoise à ces altitudes, elles ont été gagnées sur la forêt par le déboisement pendant des siècles. Par rapport aux autres formations herbacées exploitées pour le pâturage extensif, ces prairies se différencient par des pratiques conduisant à une fertilisation accrue, soit par stagnation plus importante des troupeaux, soit par apport agricole (fumier, lisier...) et parfois un régime de fauche.

L’aspect est alors celui d’une végétation plus dense et haute que les pelouses, même si ces prairies sont également dominées par des poacées, dont le trisète jaunâtre. La richesse minérale plus importante permet même à plusieurs plantes, présentes à l’origine dans la mégaphorbiaie, comme le géranium des bois, ou dans les couloirs d’avalanche, comme le chardon bleu, de se développer. 

Les prairies peu amendées ont une biodiversité remarquable et elles constituent de belles prairies fleuries. Néanmoins, en cas d’enrichissement trop élevé ou de pratiques trop intensives, la diversité chute avec une très forte dominance des poacées banales, d’espèces à larges feuilles, comme des achémilles et de grandes apiacées.

Du fait de cette bonne richesse en substances nutritives, elles commencent leur développement et fleurissent tôt. À peine la neige fondue, ces prairies se colorent de quelques plantes particulièrement précoces, de taille basse comme le crocus du printemps, et elles forment de grandes taches vertes dans le paysage encore dominé par la couleur paille de l’herbe sèche.

Fauchées ou pâturées de fin juin à juillet en altitude, elles pourront l’être une deuxième fois, fin août, si les conditions météo de l’été le permettent : c’est le regain. Avec les changements de pratiques agricoles en cours, les prairies de fauche d’altitude tendent à disparaître. Leur régression dans les montagnettes est encore plus marquée par l’abandon de l'exploitation, conduisant à leur colonisation naturelle par les arbustes puis les arbres.

Le chardon bleu des Alpes ou reine des Alpes n'a rien à voir avec un chardon ! C'est en réalité une plante de la même famille que la carotte ou le persil. Il affectionne les prairies de fauche mais aussi les couloirs d'avalanches, parfois les petites vires herbeuses au pied des falaises. Il est disséminé dans tout l'Arc alpin et protégé en Europe. Des études génétiques sont en cours pour mieux connaître la diversité des différentes populations.

Station de chardon bleu dans une prairie de fauche, à Pralognan-la-Vanoise
Station de chardon bleu dans une prairie de fauche (Pralognan-la-Vanoise). Au dernier plan : vallée de Chavière, pointe de l'Observatoire | Victor Seve - PNV