Situées aux étages montagnards et subalpins, en contact le plus souvent avec les pelouses et les forêts résineuses, les landes voient se développer de nombreux arbustes, protégés l'hiver par le manteau neigeux. Les branches sont suffisamment souples pour se plier sous le poids de la neige. La plupart de ces arbustes appartiennent à la famille botanique des éricacées qui regroupe la myrtille, l'airelle, etc.
Colonisant parfois de vastes pans de montagne, le rhododendron se pare de fleurs rose foncé dès le mois de juin. Savez-vous que les bourgeons étaient déjà prêts à éclore dès l'automne dernier ? En Vanoise et en Savoie ne pousse que le rhododendron ferrugineux nommé ainsi en raison des petites écailles brun-rouille qui couvrent la face inférieure des feuilles.
Les besoins élevés de l'aulne vert en eau le cantonnent aux abords des ruisseaux, dans les couloirs d'avalanches et de préférence sur les versants orientés au Nord. C'est une espèce pionnière très colonisatrice. Les racines de l'arcosse (nom savoyard pour désigner l'aulne vert) s'associent avec des bactéries du sol pour fixer l'azote atmosphérique enrichissant ainsi le substrat. Ses multiples branches qui se couchent sous le poids de la neige forment un taillis difficile à traverser servant de refuge à de nombreux animaux. On trouve sur la commune de Champagny en Vanoise des aulnaies parmi les plus vastes et représentatives d'Europe.
Les landes et les fourrés sont des formations végétales secondaires, c’est-à-dire issues d’une recolonisation des pelouses d’altitude par les ligneux, la plupart du temps en lien avec une déprise pastorale. On les trouve ainsi en général dans les zones excentrées des alpages, sur pentes fortes et sols pauvres, là où les troupeaux pâturent moins et ne peuvent pas limiter la dynamique naturelle de recolonisation. Les éricacées ont de plus la capacité à sécréter des substances allélopathiques, qui bloquent le développement d’autres plantes herbacées, rendant encore plus efficace leur colonisation. Les landes en mosaïque avec des pelouses sont des milieux qui restent intéressants pour la biodiversité, en hébergeant les espèces typiques de ces deux types de milieux.
Certaines espèces de faune comme le tétras-lyre dépendant même fortement de ces mosaïques : les femelles les utilisent ainsi comme milieux pour nicher puis élever leurs jeunes durant les premières semaines. Elles trouvent ici à la fois des milieux pour se cacher des prédateurs tant que les jeunes ne peuvent pas voler, et pour nourrir leurs poussins qui ont à cette époque un régime alimentaire à base d’insectes.
La difficulté est de gérer ces milieux en mosaïque car il faut parvenir à trouver le juste équilibre entre pâturage et interventions pour limiter la colonisation sans trop rouvrir, et tranquillité de la faune pendant la période de reproduction. Sans gestion, les éricacées vont se densifier, les arbres comme le pin cembro, l’épicéa ou le bouleau vont commencer à s’installer, pour à terme constituer des pré-bois ou des landes boisées puis une forêt.
En Vanoise, la majorité des forêts sont la propriété des communes, et sont alors gérées par l’Office national des forêts. Vu les difficultés d’exploitation sur ces versants raides avec peu ou pas de desserte, un bonne moitié des peuplements sont laissés en libre évolution.