Comme chaque année, les chercheurs de l’institut des géosciences de l’environnement (IGE – Université de Grenoble Alpes) ont recueilli et analysé les données du glacier lors de trois campagnes de terrain, entre le 16 mai et le 10 octobre.
Le glacier est formé de 2 zones séparées par une ligne d’équilibre : en amont la zone d’accumulation, en aval la zone d’ablation.
- Zone d’accumulation : endroit où la neige de l’hiver s’accumule et se transforme en glace, alimentant le glacier.
- Zone d’ablation : partie du glacier, soumise à des températures plus élevées que 0°C, la neige de l’hiver qui recouvre la glace fond.
Mètre équivalent eau (me) : 10 mètres de neige équivalent à 1 mètre d'eau environ (ordre de grandeur approximatif car cela dépend de la structure et de la qualité de la neige).
Bilan hivernal
Dans la zone d’accumulation, au-dessus de 3100 m, la neige accumulée a atteint 1,6 me, valeur égale à la moyenne des 30 dernières années, qui est de 1,55 me. En zone d’accumulation, l’année hydrologique 2024/2025 se caractérise ainsi par un stock de neige hivernal moyen. A noter également la très forte variabilité interannuelle de l’accumulation.
En zone d’ablation vers 2800 m, l’accumulation hivernale est de 0,8 me, c’est-à-dire une accumulation hivernale déficitaire relativement à la moyenne qui est de 1,06 me dans cette région.
Bilan estival
En zone d’accumulation, la perte est égale à 0,9 me, équivalent à la moyenne de la période 1995-2025. Rappelons qu’en 2022, cette perte avait atteint la valeur record de 2,25 me. Associé à un bilan hivernal qui lui a été moyen, le bilan annuel 2025 dans cette zone du glacier (+0,7 me), est donc égal à la moyenne des bilans depuis 1994 dans cette région (+0,75 me).
En revanche, en zone d’ablation, la perte est égale à 3,82 me, valeur extrêmement négative (la perte de 2022 s’établissait au record de 4,68 me). La moyenne des bilans estivaux depuis 1994 est de – 2,8 me. Associé à une accumulation déficitaire, le bilan annuel dans cette région du glacier est de -3,08 me, 3ème valeur la plus déficitaire après 2022 et 2023.
Bilan de masse annuel global
Le bilan de masse de l’année 2024/2025 est très négatif, avec une perte de 1,9 me. Ce bilan est très déficitaire comparé au bilan annuel moyen sur la période 1994-2024, qui est de -0,84 me. Si l’on restreint la moyenne aux 20 dernières années (les plus déficitaires), la moyenne s’établit à -1,14 me. L’année 2024/2025 est donc extrêmement déficitaire, classée au 3ème rang des années les plus déficitaires après 2022 et 2023. Cette année, c’est l’équivalent d’une lame de glace de 2,1 m qui a été rabotée sur l’ensemble de la surface, les parties basses perdant bien plus que les parties hautes. Ces dernières ont cependant réussi à conserver un peu de neige. Ce schéma se reproduit également pour d’autres glaciers suivis comme Saint-Sorlin et Mer de Glace.
Depuis 1907, le glacier a perdu une lame d’eau de 41.9 m, soit 46.5 m de glace en moyenne sur toute sa surface. Bien sûr, les parties hautes du glacier perdent moins que les parties basses. A noter que sur les 37 dernières années (depuis le milieu des années 80), les dix années les plus déficitaires se situent après 2003. La couverture morainique (rochers) de la langue atténue sans doute le déficit de masse du glacier.
D’une façon générale, la vitesse d'écoulement du glacier ralentit, en lien avec la perte d’épaisseur.
Depuis 1983 (maximum de la dernière avancée), le front a reculé de 240 m. Entre 1990 et 2020, le recul était égal à 180m. C’est un recul modéré par rapport à d’autres glaciers, à nouveau en raison de la forte couverture morainique de la rive gauche.
Pour aller plus loin :