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Une nouvelle plante carnivore en Vanoise

Flore
milieu humide
Milieu où se développe la grassette d'Arvet-Touvet | © Thierry Delahaye - PNV
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Corolle de la grassette d'Arvet-Touvet | © Joël Blanchemain - PNV
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Détails des poils de la corolle de la grassette d'Arvet-Touvet | © Thierry Delahaye - PNV

Des plantes avec un « estomac » à ciel ouvert 

Classiquement, les plantes vasculaires1 puisent, dans le sol, l’eau et les sels minéraux nécessaires à leur croissance, en complément du CO2 absorbé par la photosynthèse au niveau des feuilles. Dans certains milieux comme les tourbières et autres marais au sol saturé en eau, l’activité de décomposition des microorganismes est faible et les nutriments disponibles pour les plantes sont limités. Quelques plantes pallient ce déficit en attirant, capturant et digérant des petits insectes riches en azote, phosphate, etc. L’assimilation de ces éléments est possible grâce à des enzymes sécrétées par les feuilles. Ces plantes « digèrent » donc des proies sans avoir ni bouche, ni estomac, ni intestin ; elles sont qualifiées de carnivores ! Cette originalité a été mise en évidence dès la fin du XVIIIe siècle puis démontré scientifiquement par le célèbre évolutionniste Charles Darwin à la fin du XIXe siècle. Environ 700 espèces de plantes carnivores sont répertoriées sur Terre.

Trois types de plantes carnivores en Vanoise 

Il existe une bonne vingtaine d’espèces de plantes carnivores en France. Trois genres sont représentés en Vanoise

Les utriculaires 

Ce sont des plantes aquatiques qui poussent dans les mares et les lacs. Les fleurs jaunes sont portées par une fine tige qui émerge au-dessus de l’eau. Les feuilles immergées sont en partie modifiées en forme de petites outres. Ces pièges actifs aspirent puis digèrent des toutes petites proies qui passent à proximité.

Les droséras ou rossolis 

Plantes emblématiques des tourbières acides, elles présentent une rosette de feuilles appliquées au sol, élargies en spatule et couvertes de poils rouges, scintillants et collants. Les petits insectes s’engluent dans ces poils qui viennent lentement les enserrer pour mieux les digérer grâce aux enzymes qu’ils secrètent. Au centre de la rosette émerge une hampe qui dresse au-dessus du sol une grappe de petites fleurs blanches, permettant ainsi aux insectes pollinisateurs d’éviter les pièges !

Les grassettes 

Elles s’observent dans divers types de marais, parfois même sur des rochers suintants. Les feuilles sont également étalées au sol et le piège passif fonctionne comme un papier collant « tue-mouche ». La surface des feuilles est couverte de glandes qui sécrètent un une substance collante (mucilage). Une fois les proies immobilisées, elles sont assimilées par des enzymes « digestives ». Chaque plante ne porte qu’une unique fleur bleu-violet ou blanche au sommet d’une tige de 5 à 15 cm de hauteur.

Et une nouvelle espèce découverte en Haute Maurienne 

En 2023, au cours d’une journée dédiée à la reconnaissance des plantes rares et menacées dans le vallon de la Lombarde à Bessans, une grassette à l’allure inhabituelle a suscité l’intérêt des agents du Parc national de la Vanoise. La corolle2 bleu violet mais largement panachée de blanc et d’autres détails morphologiques, comme la présence de poils capités – en forme de petite tête – au creux de cette corolle ont permis d’identifier la grassette d’Arvet-Touvet (Pinguicula arvetii)

Découverte dans le Queyras, dans la seconde moitié du XIXe siècle, cette grassette est une endémique ouest alpine, connue en 2026 en France et en Italie. Elle pousse aux étages subalpin et alpin dans des marais alcalins (contraire de milieux acides). Comme les autres plantes, animaux et champignons inféodés aux zones humides, la grassette d’Arvet-Touvet est localement menacée par la pollution de l’eau et en particulier l’eutrophisation3 générée par les déjections des troupeaux : l’apport excessif en éléments nutritifs va favoriser le développement de plantes plus compétitives et plus banales. Globalement, l’assèchement des zones humides en lien avec le changement climatique compromet également la persistance de cette plante carnivore en Vanoise et sur l’ensemble de son aire de distribution. 

Pour en savoir plus sur la découverte de la Grassette d’Arvet-Touvet en Vanoise : 

1Plantes vasculaires : elles sont constituées de vaisseaux pour le transport de l’eau, des sels minéraux et sucres 

2Corolle : partie de la fleur formée par l'ensemble de ses pétales 

3Eutrophisation : processus d’accumulation de matière organique dans un milieu